La raquette à neige : un tremplin vers la protection des forêts et le développement économique ?
Par François Carrier et Élizabeth Séguin
Article mis en ligne le 28 décembre 2018
dernière modification le 4 janvier 2019
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Si le Pontiac a pu compter sur la rivière des Outaouais et la rivière Coulonge pour guider les premiers Européens a explorer l’île-du-Grand-Calumet jusqu’à l’Isle-aux-Allumettes, le territoire doit beaucoup à la raquette à neige qui a entre autres permis à la tribu des algonquins de la nation Kichesipirini de dominer le territoire jusqu’à la venue de Samuel de Champlain et d’Étienne Brûlé.

Aujourd’hui considéré comme un loisir et une façon d’aider le corps et l’esprit à profiter des plus beaux décors de l’hiver, la raquette a servi pour chasser, trapper, se déplacer parfois sur de longues distances et être un véritable moyen de transport de première nécessité. La raquette sert encore aujourd’hui certains biologistes ou spécialistes de la forêt à s’aventurer dans les endroits les plus difficiles.

Dans un récit rempli d’anecdotes, le technicien forestier au Ministère des Forêts, de la faune et des Parcs du Québec, Louis Harvey, a rappelé à François Carrier le rôle historique de cet objet, essentiel au développement du Pontiac et qui pourrait aussi jouer un rôle important dans le futur.

Un saut dans le temps

Comme l’a expliqué Louis Harvey en se servant principalement du livre de Jean-Marc Lamory « La raquette à neige », des modèles de raquettes se sont retrouvés un peu partout où la neige pouvait parfois transformer la réalité quotidienne. Il reste que la plupart des historiens s’accordent pour dire que les membres des Premières Nations ont été les principaux ingénieurs à exploiter et innover avec la raquette. Les différentes formes ainsi que les matériaux utilisés et disponibles ont eu un impact sur l’évolution de cette invention.

Pour Louis Harvey, cette façon de se déplacer a été la base de l’entente entre les nations huronnes et algonquines avec les premiers français venus explorer l’Amérique du Nord, et pourrait même être considéré comme une des origines de la « Paix des braves ».

Tel que mentionné via le site Raquettes GV au sujet de l’histoire de la raquette, la colonie de la Nouvelle-France n’aurait pas connu un développement aussi important :

Extrait du site Raquettes GV

Les années ont passé et la raquette a été utilisée par les explorateurs, qui l’ont refilé aux commerçants de fourrure, qui eux l’ont transmise aux bûcherons venus travailler au bord de la rivière des Outaouais, afin de faire parvenir le bois jusqu’aux industries forestières, situées à Hull.

Louis Harvey a sillonné pendant de nombreux hivers les sentiers des forêts du Pontiac pour le compte du Ministère des Forêts. Grand passionné de champignons, il s’agissait souvent du seul moyen d’accéder à certaines zones du territoire au printemps. « Ce qui m’a souvent surpris dans la région, entre autres entre Chapeau et Fort-Coulonge, c’est de tomber en raquette à neige sur d’anciens campements forestiers abandonnés lorsque le métier de bûcheron a fait place à la machinerie forestière. Pourtant, durant l’été lorsque je dois faire mes relevés biologiques, je suis passé des dizaines de fois au même endroit sans tomber sur ses vestiges du passés. J’ai compris que les bûcherons ont utilisé, jusqu’au milieu des années 60, la raquette pour découvrir ou se procurer le meilleur bois possible », affirme Louis Harvey.

Retour ver le futur

Si le Pontiac a bénéficié de la raquette dans son passé, Louis Harvey croit que l’avenir pourrait aussi voir cet instrument prendre un rôle important dans notre développement économique. « Le domaine du plein air et les nouvelles orientations gouvernementales dans la gestion des forêts vont permettre à des groupes d’exploiter nos ressources forestières différemment », explique Louis Harvey, qui a créé avec des amis une coopérative, Aventure Héliante. Cette coopérative veut créer des activités afin d’inculquer des valeurs de respect, d’éducation et d’éthique de plein air.

« L’organisme se servira d’un territoire situé dans la municipalité de Mansfield pour mettre en valeur le patrimoine exceptionnel en l’interprétant, mais aussi en sensibilisant les participants aux techniques et gestes à adopter en pratique d’activités de plein air qui permettront de protéger, prévenir et réduire la dégradation des milieux naturel de la région », indique Louis Harvey.

Pour ce faire, il y aura plusieurs sentiers en saison hivernale qui permettront aux usagers d’aller dans certains endroits qui ne sont pas nécessairement accessibles en été et aussi d’exploiter des activités tel que le camping d’hiver. « On est convaincu que ce sera une façon d’attirer un plus grand public dans le Pontiac, de créer des emplois et de contribuer à la nature tout en conservant notre patrimoine historique. Déjà les premiers groupes scolaires se sont rendus dans cette forêt ou ils ont découvert la nature dans ses habits hivernaux. Il y a, je crois, des occasions uniques pour instruire les élèves de nos écoles primaire et secondaire sur l’importance de la raquette, leur montrer notre biodiversité et nos forêts de pins blancs uniques et en plus leur montrer le plaisir qu’on peut avoir en hiver », insiste Louis Harvey.

C’est d’ailleurs son fils, Guillaume Harvey, qui a servi de guide au premier groupe scolaire. « On veut éventuellement, à l’aide de la coopérative, offrir aux écoles la chance d’être membre en échange d’une série d’activité pour faire découvrir nos forêts et on trouve que l’hiver serait une façon avec la raquette d’aider à faire prendre conscience de notre biodiversité », explique Guillaume Harvey, qui a étudié en loisir et tourisme.

Notons également que la municipalité de Mansfield-et-Pontefract a tenu à soutenir le projet en prêtant à la coopérative Aventure Héliante des locaux à la Maisons culturelles George Bryson, en échange de certains services. « La Coopérative va non seulement nous aider à élargir notre offre touristique, mais aussi durant la saison basse, la coopérative va s’assurer d’accueillir les touristes. C’est pour nous un partenariat qui va bénéficier à toute la communauté », a dit le maire de Mansfield-et-Pontefract, Gilles Dionne.

Une émission spéciale sur cette activité qu’est la raquette a été réalisée en mars dernier par François Carrier avec Louis Harvey, présentant cet outil qui a permis la découverte du territoire du Pontiac. Cliquez ici pour l’écouter.

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